Le mot du président | CJEC

Le mot du président

PARIENTE Steeven
Steeven PARIENTE Président Le CJEC president@cjec.org

Nous sommes les bassistes de l’économie

Au commencement, nous étions en période fiscale. Elle s’annonçait, comme chaque année, plus tendue que la précédente compte-tenu des nouvelles complexifications administratives dues à la simplification. Comme chaque année, en bons stakhanovistes, nous nous enorgueillissions secrètement de notre charge de travail qui présageait d’un agréable chiffre d’affaires et reléguait à plus tard nos bonnes résolutions en matière de réflexion stratégique. On avait plus  urgent à faire.

Et voilà que le confinement s’abat sur nous en 48 h… !

Cette période inimaginable au sens premier du terme, dénuée de tous repères connus et hautement anxiogène nous a tendu un miroir sans concession. En nous mettant au pied du mur, que nous a-t-elle enseigné ?

1- Dématérialisation

Pour certains d’entre nous, le mardi 17 mars à midi, chaque collaborateur rentrait chez lui avec son PC et sa feuille de route pour les 15 prochains jours. Pour ceux qui n’avaient pas pu, su ou voulu auparavant mettre en place une organisation dématérialisée, ça a été beaucoup plus compliqué, beaucoup plus chronophage. Je n’ose imaginer le client qui apporte ses pièces au cabinet …. en période de confinement !

2- Management

Et nous avons découvert le télétravail et la visioconférence. Qu’est-ce qui nous a empêché de télétravailler jusqu’à présent ? Certainement, cette sacrosainte idée qu’il faut produire et que si le chef ne surveille pas, les souris dansent. Or nous avons découvert des collaborateurs autonomes, investis, force de proposition. La distance nous a aussi révélé que le management requérait du temps et de l’organisation, qu’il fallait fixer des objectifs, établir conjointement des feuilles de route, faire des points réguliers, s’adapter aux collaborateurs.  En effet, certains auront plus besoin de votre présence alors que d’autres se révèleront plus autonomes. Ceux qui ont su le faire ont renforcé la cohésion de leur équipe et sont prêts pour la prochaine tempête pour autant qu’ils sachent capitaliser sur ces nouvelles pratiques, les généraliser et récompenser.

3- Relation client

Dès l’annonce du confinement, le téléphone a sonné non-stop. Nous avons accompagné nos clients dans le dédale des aides gouvernementales, pris en charge les déclarations et nous nous sommes transformés en confident, remonteur de moral, psy, pédagogue, représentant de l’Etat, journaliste, que sais-je encore ?... Dans ce grand chaos d’approximations, une relation clients structurée de longue date, forte d’une satisfaction régulièrement mesurée, a permis aux clients comme aux collaborateurs d’évoluer ensemble dans des process connus et éprouvés, éléments qui ont en partie rassuré les clients et donné un peu de confort aux collaborateurs.

3- Communication

Dans cette même logique, ceux qui avaient mis en place une communication régulière avec leurs clients grâce à des outils simples ont gagné de précieuses heures. Là encore, ayant par avance, construit ces outils, les ayant appréhendés et ayant défini une stratégie de communication claire, ils n’ont eu qu’à se glisser dans ces process pour informer avec réactivité leurs clients et montrer en temps réel les actions menées pour tout à la fois, rassurer et gagner de nombreuses heures d’explication individuelles reportées sur la production. 

En un mot, le virus nous a obligé à travailler sur les fondamentaux du management et nous a montré que ceux qui géraient leur cabinet en chef d’entreprise, c’est-à-dire ceux qui avaient déjà travaillé ces aspects, étaient plus forts dans la tempête. Souvenez-vous des propos de nos invités aux Estivales : « Un chef d’entreprise passe ses journées à gérer les difficultés et les coups durs et sans stratégie claire préalablement définie, vous ne pouvez pas gérer les écarts de route ».

Pour finir, nous avons aussi constaté, une fois de plus la méconnaissance et le peu d’intérêt de notre métier pour le gouvernement et le grand public. Au-delà des propos peu sympathiques de certains politiques, personne, mis à part Nicolas BOUZOU sur Twitter, n’a salué le travail fait par les experts-comptables y compris dans l’émission de France 2 début avril qui remerciait tous les corps de métier qui permettaient que l’activité minimale continue.

A l’instar du bassiste dans un groupe, s’il n’est pas là, le groupe ne fonctionne pas mais s’il est bon, on s’extasie sur le guitariste ou le chanteur ! Tirons-en les conclusions et communiquons sur notre valeur ajoutée en ces temps troublés.

Steeven PARIENTE
Président du CJEC