A la rencontre de nos Instances | CJEC

A la rencontre de nos Instances

Données Partagées a rencontré Charles-René Tandé, Président du Conseil Supérieur de l'Ordre des experts-comptables et de Jean Bouquot, Président de la Compagnie Nationale des Commissaires aux comptes.

Données partagées : Charles-René TANDÉ, L’ANECS est fière de voir à nouveau un président de l’Ordre issu de ses rangs. Que vous ont apporté vos deux années de présidence ANECS ?

 

Charles-René Tandé : Je suis très honoré que l’ANECS soit fière de mon parcours ! Comme je l’exprimais lors de mon investiture, je souhaite au président actuel de l’ANECS de se retrouver à ma place dans quelques années. C’est pour moi une suite logique, ce que l’on apprend à l’ANECS nous sert tout au long de notre parcours dans les instances mais aussi durant notre carrière en cabinet. C’est une formidable école. Ce qu’il y a de frappant, c’est que certaines choses ne changent pas ou changent peu : certaines thématiques sur lesquelles j’ai pu travailler à l’ANECS sont encore d’actualité aujourd’hui… Nous parlions ainsi déjà beaucoup d’Europe et nous nous interrogions sur l’interprofessionnalité par exemple.

 

DP : Messieurs les présidents : L’attractivité est une préoccupation majeure des deux institutions. Toutes les enquêtes ANECS ont montré clairement que les deux freins à l’attractivité étaient la faible rémunération des experts-comptables et commissaires aux comptes stagiaires par rapport aux salaires proposés en entreprise et la lourde charge de travail. Comment pouvez-vous agir l’un et l’autre sur ces deux critères ?

 

Charles-René Tandé : Il y a certaines choses sur lesquelles l’Institution peut agir. Par contre agir directement sur les niveaux de rémunération et sur la charge de travail me paraît hors du champ de compétence de l’Ordre. Il s’agit là d’une affaire interne à chaque cabinet. Nous pouvons toutefois sans doute encourager nos consoeurs et confrères à mieux tenir compte des aspirations des nouvelles générations de professionnels. Les stagiaires doivent être considérés comme l’avenir de nos cabinets et traités en tant que tels.

Jean Bouquot : J’ai souhaité faire de l’attractivité de la profession un thème majeur de ma mandature. Cela étant, l’attractivité recouvre plusieurs domaines qui ne se déclinent évidemment pas de la même façon. S’agissant de l’appétence pour notre métier, j’ai la conviction que nous devons engager des actions de long terme et récurrentes vers les plus jeunes de nos concitoyens, c’est-à-dire depuis les rectorats et donc les cursus scolaires jusqu’à l’enseignement supérieur des grandes écoles et universités. Parallèlement, il est très important que nous organisions une réforme de notre CAFCAC pour mieux valoriser l’expérience professionnelle et attirer des talents qui exercent déjà dans nos cabinets. S’agissant des débuts professionnels des plus jeunes de nos confrères, je suis pleinement conscient de la difficulté de “décrocher” un premier mandat. Je pense que nous devons faire tous nos efforts pour donner, par le recours à la sous-traitance par exemple, des chances d’expériences et contacts à chacun.

 

DP : Jean BOUQUOT, Il nous semble que l’attractivité, c’est aussi la possibilité d’entreprendre et de devenir indépendant (essor des start-up, recul du salariat au profit des formes d’indépendance, etc.). Or, concernant le CAC, on peut avoir un sentiment de concentration des mandats et du volume d’affaires entre les mains des cabinets importants. Avez-vous des projets pour promouvoir la profession de CAC libérale ? Les petits cabinets de CAC ont-ils pour vous un avenir ?

 

Jean Bouquot : La profession compte 13 500 professionnels et c’est une véritable richesse et le témoignage de la proximité dont la France peut être fière. Dans le cadre de la réforme européenne, la profession avait unanimement dénoncé le risque de concentration et c’est d’ailleurs dans cet esprit que nous avons promu notre modèle avec le co-commissariat aux comptes et surtout l’adaptation de l’audit dans les PME. Parallèlement, la Compagnie n’a cessé de prendre des initiatives pour développer la certification vers des périmètres nouveaux. Au-delà des mandats évidemment importants comme les hôpitaux et les universités, le champ s’est ouvert vers les comités d’entreprises, les organisations syndicales et nous venons de lancer une expérimentation dans les collectivités territoriales qui inclut à notre demande de très petites entités. Chacun pourra aussi constater que l’un des enjeux majeurs des campagnes électorales qui viennent de s’achever est la transparence, préalable indispensable au retour à la confiance.

C’est une évidente chance pour la profession et pour son modèle de proximité constitué de plus de 6 000 cabinets dont seulement quelques-uns sont de grande taille. J’ai confiance dans l’avenir parce que j’ai confiance dans notre métier résolument au service de la société toute entière.

 

DP : Jean BOUQUOT, La CNCC compte-t-elle sensibiliser les confrères sur les intérêts qui pourraient être les leurs à s’associer avec un jeune inscrit ?

Jean Bouquot : Cette démarche est intéressante et j’en retiens volontiers le principe. Nous allons regarder comment attirer l’attention des cabinets sur le très juste intérêt d’associer de jeunes professionnels. Je reviendrai vers vous pour vous tenir au courant de nos actions et de leurs résultats.

DP : Charles-René TANDÉ, Vous souhaitez avancer rapidement sur la question des spécialités. Les jeunes professionnels y sont favorables depuis longtemps. En pratique, qui dit « spécialisation » dit « formations qualifiantes ». Or, les réformes du cursus sont longues. Quel timing imaginez-vous pour ce chantier ?

 

Charles-René Tandé : Je veux aller vite. Pour deux raisons. La première est que mon mandat est court et que je veux aboutir sur les projets que j’avais inscrits dans mon programme. La seconde est que nous n’avons pas de temps à perdre pour offrir des possibilités de développement aux cabinets, notamment aux plus petits pour qui ce projet doit être perçu comme une opportunité. Nous pourrons aller vite car il ne s’agit pas de modifier le cursus du DEC, ce qui serait effectivement très long, mais de nous adosser à des formations de 3e cycle proposées par les universités et les grandes écoles.

 

DP : Jean BOUQUOT, Est-ce que l’audit deviendra une spécialisation de l’expertise ou est-ce un métier complétement différent ?

 

Jean Bouquot : La mission des commissaires aux comptes est d’ores et déjà différente de celle de l’expert-comptable. Les règles professionnelles le sont également. Pour autant, nous sommes deux métiers complémentaires, également au service de l’économie et des entreprises. J’ai la conviction qu’il serait totalement préjudiciable de transformer nos cabinets en cabinets d’audit pur. C’est surtout l’inverse qu’il faut promouvoir. Grâce à la diversité de notre exercice professionnel, nous pouvons être des acteurs reconnus dans les deux missions, d’expertise et de commissariat. Le métier de contrôleur est de qualité et très bien réalisé si en parallèle, des compétences existent dans l’expertise comptable et le conseil.

 

DP : Charles-René TANDÉ, Les jeunes professionnels souhaitent se positionner comme des acteurs de la digitalisation de la société et des garants de la sécurisation des flux de données. Pour ce faire, quels sont vos projets de développement de Sign’Expert, d’Expert-Pass et du portail Jedeclare.com ?

 

Charles-René Tandé : Sur ce sujet, je pense qu’il est urgent de prendre le temps de la réflexion. Différentes options sont sur la table. Le choix que nous ferons sera structurant pour la profession et je pense qu’il est nécessaire de tirer les enseignements des projets passés avant de décider d’investissements lourds. Cela ne veut pas dire que nous ne ferons rien dans la mandature, loin de là, mais nous devons être prudents.

 

DP : Messieurs les présidents, vous souhaitez, l’un et l’autre, « tenir compte de toutes les composantes de la profession et favoriser le développement de chacun ». Comment en pratique l’Ordre ou la Compagnie soutiennent-ils les « petits et moyens cabinets » dans l’évolution du numérique ?

 

Charles-René Tandé, Jean Bouquot : Nous mettons en oeuvre un projet ambitieux nommé « Cap sur le numérique » qui vise à offrir aux cabinets des outils et des formations gratuites leur permettant de se positionner dans leur propre transformation numérique mais également d’accompagner leurs clients dans cette révolution.

Jean Bouquot : Le numérique est une des autres priorités de ma mandature avec le dossier PE. Nous avons le devoir d’accompagner les cabinets dans cette démarche de transformation qui bouleverse notre exercice professionnel au quotidien. J’ai la certitude qu’avec le numérique nous pouvons devenir plus performants et consacrer davantage de temps à être au côté des entreprises et des entrepreneurs. Evidemment certains cabinets ont déjà franchi le cap de cette transformation numérique, il faut que nous donnions à tous la possibilité de le faire. C’est l’un des éléments de la feuille de route que j’ai donnée à la Commission Numérique et Innovation que j’ai créée cette année à la Compagnie nationale et qui est présidée par Patrick Rolland.

 

DP : Messieurs les présidents, A vos yeux, quel est le rôle des stagiaires ou jeunes diplômés dans l’évolution du numérique au sein des cabinets ?

 

Charles-René Tandé, Jean Bouquot : Les jeunes professionnels sont naturellement des interlocuteurs pertinents sur cette question compte tenu d’une sensibilité au numérique bien souvent plus affirmée que leurs aînés. Les dirigeants de cabinets ont intérêt à s’appuyer sur eux, ils sont un atout pour la transition numérique.

 

Jean-Bouquot : Parmi les points d’attractivité de notre exercice professionnel, le numérique tient une place importante. Presque naturellement j’ai envie de dire que les plus jeunes de nos confrères sont ceux qui peuvent permettre l’accompagnement de cette transition dans nos cabinets. Leur regard est important, leur capacité d’innover aussi. Je suis convaincu de l’utilité de leur présence pour accompagner nos cabinets mais aussi et presque surtout pour y transformer les mentalités et les modes d’exercice.

 

DP : Jean BOUQUOT, la CNCC va-t-elle développer l’audit du FEC ? D’autres versions du Smart’FEC sont-elles prévues ?

 

Jean Bouquot : Dans le cadre des travaux de la commission Numérique et Innovation, ce sujet est à l’ordre du jour. J’espère que nous pourrons le promouvoir à l’occasion des prochaines Assises qui se tiendront à Paris le 21 novembre prochain.

 

DP : Charles-René TANDÉ, Durant la campagne, on a beaucoup parlé de l’insuffisance de notre poids auprès du pouvoir politique en charge de notre tutelle et de la nécessité de mettre en place une action de lobbying efficace. Pouvez-vous nous présenter plus en détail votre plan d’action en matière de lobbying ?

 

Charles-René Tandé : Le lobbying est une activité que nous devons assumer en toute transparence d’autant plus que les actions que nous menons ne se limitent pas à des revendications corporatistes ; j’ai pour ambition de positionner l’Ordre des Experts-Comptables comme une référence sur les questions économiques. D’un point de vue pratique, cela passera par de très nombreux rendez-vous auprès des décideurs publics et des représentants du monde économique. Nous rendrons compte de nos actions à la profession. Cela passera aussi par une mobilisation de l’ensemble des professionnels lorsque le besoin se fera sentir.

 

DP : Jean BOUCQUOT, Vous venez de créer une commission PE : quelles missions lui afférent ?

 

L’audit PE est LA priorité de l’action de la Compagnie. Si certains nous voient comme une complexité ou une charge dans les plus petites entreprises, il est évident que nous devons agir pour démontrer la réelle valeur ajoutée d’un audit légal de qualité. Le regard d’un professionnel indépendant est un bénéfice évident pour les entreprises tant au plan organisationnel qu’au plan économique. Révélations, respect des délais de paiement ou procédures d’alerte sont autant de points de vigilance qui font écho à la mission du commissaire aux comptes. Le rapport coûts/avantages est aussi clair. Par ailleurs, c’est autour de la proportionnalité de l’audit et de tout son environnement que se situe la portée d’un message efficace à l’intention des plus petits entrepreneurs. La défense des mandats PE est une priorité de la commission PE, la promotion de notre valeur ajoutée l’est tout autant et là encore, la réflexion des professionnels qui participent très nombreux aux réflexions engagées par le Pôle PE de la Compagnie nationale sont l’expression de l’avenir de ces mandats.

 

DP : Charles-René TANDÉ, Lors de votre présidence à l’ANECS, vous avez créé l’UnECS qui avait pour vocation de fédérer les « ANECS » de chaque pays européen. Aujourd’hui, pouvoir effectuer une partie de son stage à l’étranger est une forte attente des stagiaires. Avez-vous des projets en ce sens ?

Charles-René Tandé : Il est vrai qu’il est incompréhensible que dans une Europe plus forte aujourd’hui, il n’y ait plus d’organisation représentative des stagiaires ou des jeunes professionnels de l’Union Européenne. Il serait utile, si vous le souhaitez et sous réserve que quelqu’un s’y investisse, de réaliser l’inventaire des organisations de jeunes ou de stagiaires dans les différents pays de l’UE et d’organiser, pourquoi pas, une première rencontre en 2018.

 

DP : Messieurs les présidents, Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un jeune qui démarre dans la profession ?

 

Charles-René Tandé, Jean Bouquot : Je lui dirais de foncer. Nous exerçons une profession passionnante. Je lui dirais en outre de participer aux travaux de l’ANECS, du CJEC, d’adhérer à un syndicat, de s’investir dans les instances car je pense qu’il s’agit d’un atout supplémentaire.

 

Jean Bouquot : Je lui dirais aussi de foncer car l’audit légal est un métier qui sert la société toute entière et l’intérêt général. Je crois qu’il n’y a que peu de professions qui peuvent s’enorgueillir de ce message et du service qu’elles rendent au sens de l’intérêt général et au retour de la confiance. Bien entendu, nous continuerons d’accompagner et d’appuyer l’ANECS et le CJEC qui sont l’expression de cette volonté des plus jeunes de rejoindre notre métier, d’y participer pleinement et de le développer.