Travailler à l’étranger : un accélérateur de carrière professionnelle et de développement personnel ? | CJEC

Travailler à l’étranger : un accélérateur de carrière professionnelle et de développement personnel ?

Lors de sa carrière, un recruteur fait de multiples rencontres, constituées de profils très différents. Dans les métiers du chiffre, et plus particulièrement de la direction financière, nous distinguons les candidats ayant bénéficié d’une expérience professionnelle à l’étranger des autres. Si la différence peut se faire sur les compétences techniques (comptabilité, fiscalité, etc.), ce sont surtout les « soft skills » qui ont pu être développées grâce à une immersion dans un autre pays.

Travailler à l’étranger, c’est se donner toutes les chances de booster sa carrière professionnelle. C’est une formidable opportunité pour accroître sa capacité d’adaptation et développer son ouverture d’esprit tout en cultivant sa différence de point de vue.

Pour ma part, je suis passionné par les relations humaines, j’aime la nouveauté, le contact et l’apprentissage de nouvelles cultures. Je dois tout ceci à mon expérience à Londres où j’ai passé les cinq premières années de ma carrière professionnelle. Durant cette période, j’ai touché de très près des fondamentaux d’un socle de références humaines et professionnelles qui m’animent encore quotidiennement. En 2001, j’ai rejoint la France pour mettre mon expérience acquise à l’étranger au service du lancement d’une nouvelle division. A ce moment, je ne réalisais pas encore à quel point partir à l’étranger avait pu m’apporter sur le plan professionnel et personnel. Par exemple, j’ai pu développer à Londres un esprit conquérant et entrepreneurial où l’importance du réseau professionnel et le goût du travail bien fait étaient très présents dans la culture d’entreprise locale. Cette expérience en Angleterre est arrivée à un moment opportun dans ma carrière professionnelle et je suis convaincu que bon nombre de mes valeurs trouvent leur source dans cette immersion à l’étranger. Respecter les opinions des autres, les valoriser pour ce qu’ils sont et ce qu’ils font, leur dire ce qu’on pense sans complaisance avec pour seule volonté celle d’avoir un impact positif sur eux, créer de la confiance et de la cohésion pour améliorer les performances sont autant de valeurs qui m’ont été transmises en évoluant dans un milieu très cosmopolite. Dans un monde ultra-connecté où nous sommes régulièrement amenés à travailler avec des personnes de cultures très différentes, accepter l’autre et être capable d’agir différemment en fonction de sa culture et de ses pratiques est très important.

Aujourd’hui, j’aimerais partager mon vécu avec toutes les personnes intéressées par une expérience professionnelle à l’étranger et je voudrais les encourager à sauter le pas. Au début de sa carrière professionnelle, un déclic est souvent nécessaire pour se lancer dans l’aventure. Bien que la vision du monde soit différente pour chacun, voyager ou travailler à l’étranger est une formidable opportunité pour échanger sur des modes de vie personnels et professionnels, accroître sa satisfaction professionnelle, réaliser que chaque individu a une vision différente des choses. En Espagne, on peut commencer une journée de travail à 11h, la terminer à 21h et s’arrêter entre 14h et 16h. Ce rythme rompt complètement avec nos horaires français. Bien sûr, il est tout à fait possible d’avoir une belle carrière en France. Mais il est indéniable que partir à l’étranger permet de développer de précieuses compétences qui vous démarqueront d’autres candidats, qui vous permettront de développer votre tolérance et votre ouverture d’esprit, de relativiser sur des situations et qui vous aideront à trouver des solutions aux problèmes du quotidien.

Aujourd’hui, la majorité des jeunes professionnels ont déjà bénéficié d’une expérience dans un autre pays car les cursus des grandes écoles favorisent ou rendent obligatoires les stages et les expériences à l’étranger. Toutefois, cela s’observe surtout dans des filières dans lesquelles le développement de compétences humaines prend le dessus sur les compétences techniques. A l’inverse, les formations techniques telles que celles du chiffre ou du droit n’incitent pas les étudiants à découvrir ce qui se fait hors de nos frontières et aller à la rencontre des différences culturelles et professionnelles.

Pour illustrer cet article, j’ai souhaité recueillir des témoignages de personnes rencontrées au cours de ma carrière et ayant réalisé une expérience professionnelle à l’étranger. Ainsi j’ai pu interviewer Benoit, un financier d’entreprise qui a débuté sa carrière en Audit dans un grand cabinet international avant de s’expatrier à Hong Kong durant près de 4 ans et au Canada pendant 3 ans. Sa principale motivation à partir était alors l’envie : « Il faut avoir envie de découvrir un environnement différent et se donner les moyens de s’intégrer ». Pour Benoit, il était indispensable d’investir du temps et de l’énergie dans une expérience à l’étranger pour apporter à son CV une dimension internationale : « J’avais envie de découvrir autre chose, je me disais que j’étais jeune et que c’était le moment de le faire ».  Au-delà d’une amélioration de son niveau d’anglais, le financier insiste sur les compétences liées au savoir-être (les fameuses « soft skills ») que son expérience lui a permis de développer : « Travailler avec des personnalités différentes et des cultures diamétralement opposées vous forge des compétences intrapersonnelles qui ne sont pas communes chez les financiers : la faculté à observer, à écouter, à adapter rapidement son discours, son attitude et la façon dont on doit réagir pour gérer une situation ». Benoit rappelle qu’il existe 3 étapes fondamentales dans une expérience à l’étranger : la préparation, le séjour et le retour. En effet, après un long séjour à l’étranger, on est parfois déconnecté de ce qu’il se passe dans son pays. C’est pourquoi il est important de garder contact avec la vie professionnelle locale et de toujours envisager un retour. Sans avoir un plan de carrière établi, il faut réfléchir au type de poste et à l’environnement de travail que l’on souhaite retrouver à moyen et long terme. Il faut aussi dépasser ses peurs pour être capable de saisir des opportunités car, selon Benoit, au début d’une carrière professionnelle, on n’a rien à perdre à partir. Même si la destination n’est pas toujours celle dont on rêve, il ne faut pas hésiter à faire des concessions plutôt qu’attendre et laisser passer sa chance.

En décembre 2005, j’ai également rencontré Nadège, une jeune auditrice. Après plus de 3 ans d’expérience au sein d’un cabinet d’audit international parisien, je lui ai proposé une expatriation pour rejoindre un autre cabinet d’audit, cette fois à Montréal, au Canada. En février 2006, elle s’est installée à Montréal pour relever des missions d’audit légal pour une clientèle industrielle. Un an et 8 mois plus tard, elle m’a recontacté et je lui ai proposé un poste d’audit interne au sein d’un groupe industriel français côté. Pendant plus de 2 ans, Nadège a parcouru le monde pour réaliser des audits financiers et opérationnels (processus d’achats, ventes, logistiques, RH, fraudes, etc.).

Pour un recruteur qui intervient sur les métiers du chiffre, l’expérience professionnelle à l’étranger est observée sous différents points de vue. Tout d’abord, nous vérifions le nombre de séjours professionnels à l’étranger et le temps passé pour chacun. Ensuite, nous sommes sensibles à la nature de ces expériences, qu’elles soient professionnelles ou personnelles. Les programmes Erasmus ou les V.I.E. (Volontariats Internationaux à l’Etranger) sont de très bons moyens d’interagir avec des interlocuteurs différents et d’améliorer sa maîtrise des langues étrangères.

Vivre assez tôt une expérience hors de nos frontières est un accélérateur de carrière. C’est une expérience très prisée des recruteurs. Si les immersions professionnelles à l’étranger restent rares dans les filières du chiffre ou du droit, c’est sans doute à cause du stress lié à un départ : choc culturel, perte de repères, angoisses, etc. Pourtant, nous avons plus à gagner qu’à perdre en tentant une expérience ailleurs. Mais il faut veiller à bien préparer son projet et considérer toutes les options possibles. Certains groupes proposent par exemple des stages ou des expériences professionnelles courtes où la maîtrise du français est un prérequis. De nombreux « Centres de Services Partagés » recherchent pour des services comptables centralisés des profils parlant le français pour s’occuper de la tenue comptable et fiscale de filiales de pays francophones (France, Suisse, Belgique, etc.) depuis l’Irlande, l’Angleterre ou la Pologne. Pour ceux qui sont encore réticents à partir, il s’agit d’excellentes opportunités à saisir.

N’hésitez pas à prendre contact avec les personnes de votre entourage personnel ou professionnel qui ont déjà profité d’une expérience à l’étranger. Leur enthousiasme devrait vous convaincre à sauter le pas.

Ludovic BESSIERE, Business Director Hays France & Belgique