Obligation d’Emploi des Travailleurs Handicapés : Une opportunité de résilience pour les entreprises | CJEC

Obligation d’Emploi des Travailleurs Handicapés : Une opportunité de résilience pour les entreprises

La loi concernant l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés, vieille de plus de 30 ans, a bénéficié, à intervalles réguliers de plusieurs apports qui ont suivi l’évolution de la place de la personne handicapée dans la société. La loi de 2005 orientait la politique du handicap vers le développement de l’insertion professionnelle des personnes handicapées. Celle votée en 2018, rentrant en vigueur au 1er janvier 2020, met l’accent sur la nécessité de développer une politique inclusive. Pour cela, les éléments de cette réforme gravitent autour de la simplification des procédures, la responsabilisation des entreprises et le dialogue.

La sensibilisation et la formation sur le sujet du handicap est un enjeu fondamental pour réussir à faire évoluer cette obligation d’emploi des travailleurs handicapés en opportunité.  Cette mutation nécessite une communication et un dialogue permanent pour aiguiser le regard de la société et du monde professionnel. C’est par l’observation des capacités et des besoins de chaque personne qu’on est en mesure de happer d’opportunes interactions. Mais comme disait Raymond Devos : « il y a observer et observer » et il semblerait qu’en la matière, sur le handicap, on soit plus proche de l’observation d’une minute de silence, tête baissée que d’une observation bien réelle. La différence présente en chaque individu, et à fortiori chez les personnes handicapées mérite d’être mise en relief plutôt que d’être écrasée par une frustrante normalisation.

Le handicap est souvent source de vicissitudes pour un individu mais parvenir à tracer sa route en pareil situation représente une opportunité d’accomplir un projet de vie quel que soit les circonstances. En son for intérieur, une personne en situation de handicap peut s’offrir la possibilité de créer son environnement qui lui permette de « faire avec » mais surtout de s’engager sur ses propres perspectives.

Ce cheminement est défini, dans la sphère psychologique, comme le « processus de deuil ». Derrière cette idée de deuil, il faut entendre : toute situation ou parcours qui ne peut se concrétiser par les moyens ou capacités envisagés ou généralement convenus.

Le choc est le premier sentiment ressenti lorsqu’on est confronté à une impossibilité ou à un manque imprévu, car cela compromettre le bon déroulement d’un projet ou la réalisation d’un objectif. Cette première étape peut-être relativement violente car elle marque une interruption brutale dans une projection. Cette impression de choc doit être stabilisée afin d’être en mesure de décrire la situation effective.

Le deuxième sentiment dans le processus de deuil porte sur le déni. Pour éviter de devoir renoncer ou modifier l’essence du projet, le déni consiste à faire abstraction de l’obstacle. C’est un mécanisme de défense dont le but est d’attendre que la tempête passe.

Toutefois, la réalité étant ce qu’elle est, la situation est belle et bien modifiée. C’est autour du sentiment de colère de se manifester car la perception de la rationalité se trouve confuse. Ce sentiment d’impuissance et de révolte amène également un aspect d’auto-accusation. Cette phase peut consommer énormément d’énergie. C’est pourquoi il est important d’apprendre à la maîtriser et à l’utiliser dans son appréciation de sa situation.

Malgré la véhémence exprimée, l’obstacle est toujours présent et il sera tentant d’envisager une négociation. Il s’agit de rechercher un compromis qui permettrait de rentre la situation acceptable.

Ces différentes étapes ont pour but d’amener un individu à accepter une situation qui n’était pas envisagée comme telle à la base. En situation de handicap, ce processus de deuil permet d’être réactif par rapport aux difficultés vécues. Chacune de celle-ci doit amorcer ce processus car en effet ce cheminement ce fait de manière quasi permanent. Cette acceptation du handicap n’est pas quelque chose d’acquis définitivement. Les circonstances environnementales ainsi que l’évolution de la situation mais également l’espoir font qu’il est nécessaire de reprendre autant de fois que nécessaire ce circuit qui permet de réunir les conditions pour se mettre en action.

L’acceptation du handicap consiste à « se faire une raison », à être lucide … Oui bien sûr mais pas trop longtemps car la capacité de résilience trépigne impatience de s’exprimer.

Pour enclencher correctement la capacité de résilience derrière le processus de deuil, il est crucial de bien cerner l’élément pour lequel il est nécessaire de trouver une alternative. Cette démarche a le mérite de s’interroger sur ces réelles envies car toute discordance entre ces dernières et le projet entrepris est de nature à compromettre la réussite de celui-ci. Pour une personne qui entreprend un programme de rééducation, il est plus simple de réunir les ressources nécessaires si cela est amorcé en vue de réaliser un voyage, une épreuve sportive ou un projet professionnel plutôt que par une décision abrupte de devenir « valide ». Le processus de deuil montre sa réussite dans la mesure où les objectifs fixés dépassent le simple attrait d’éviter d’être limité par le handicap.

Ancré comme une évidence, l’envie de réalisation d’un projet va stimuler la capacité de résilience. Celle-ci, définie en psychologie comme une faculté de reconstruction suite à un traumatisme nécessite une énergie et un engouement important. C’est pour cette raison que le travail de deuil doit être solide car il est le socle sur qui repose le développement de la résilience.

En situation de handicap, la faculté de trouver des itinéraires bis doit être une spécialité. Pour développer cela, il est fondamental de parfaire la connaissance de ses besoins. Il s’agit de mener une réflexion qui mène à transformer des difficultés engendrées par le handicap en besoins pour réaliser une action. C’est ainsi qu’en effectuant cette mutation que l’on parvient à faire usage de sa faculté de résilience. Définir un besoin s’inscrit dans un effort d’écoute et d’ajustement perpétuel car l’enjeu est de ne pas s’enfermer dans une analyse convenue qui ne prend pas en compte la possibilité de développer de nouvelles capacités.

La résilience peut s’exprimer de manière différente en fonction de la teneur de l’obstacle à franchir. Suivant la nature et le degré de la déficience de la personne, elle peut considérer en fonction de la situation, qu’elle a un handicap ou qu’elle est handicapée. Cette distinction permet de mettre en place des actions adéquates par rapport à l’objectif poursuivit.

Dans la mesure où la personne a un handicap, c’est quelque chose dont elle peut se détacher et envisager de réduire voir de supprimer par le biais d’une rééducation. À l’inverse, si elle considère que dans une situation particulière, elle est handicapée, la démarche ne visera pas à agir sur le handicap mais à rechercher une solution compensatrice.

Cette analyse trouve écho dans l’ensemble des projets poursuivis. En effet, pour parvenir à lever certaines contraintes, des actions seront menées pour modifier l’existant : réduire les coûts pour être plus compétitif, suivre une formation pour renforcer des compétences ou encore développer l’effet d’expérience… Toutefois lorsque certains objectifs ne peuvent être atteints en modifiant ses propres capacités, c’est l’innovation ou l’accompagnement qui seront la réponse aux besoins.

L’innovation permet de compenser une faculté qui est impossible de solliciter à un moment donné ou qui nécessiterait une dépense d’énergie démesurée.

L’accompagnement est un véritable outil pour le développement de l’autonomie d’une personne en situation de handicap. Alors que l’indépendance consiste à réaliser des actions par soi-même, l’autonomie porte la faculté de décider par soi-même. Cette distinction permet de considérer l’accompagnement comme une décision d’atteindre un objectif par un itinéraire bis. Il s’agit là d’apprendre à déléguer et à partager.

Le processus de deuil combiné la capacité de résilience montre que l’expérience du handicap développe une faculté à mener des projets en tenant compte des caractéristiques environnementales et des dispositions d’une personne ou d’une organisation. Les personnes en situation de handicap ont un réel rôle à jouer au sein des entreprises de par leurs compétences professionnelles mais aussi par leur vécu qui trouve échos dans les évolutions organisationnelles et managériales attendues.

La profession du chiffre n’en reste pas moins sensible à cette capacité de parvenir à inventer un nouveau paradigme. La récente législation concernant les mandats d’audit légal a nécessité de la part des commissaires aux comptes d’entamer un processus de deuil concernant une certaine partie de leur activité pour ensuite construire un nouvel horizon professionnel.

Une société inclusive est avant tout une société qui permet l’expression de la différence. Souvent vue comme une déstabilisation de conceptions sécurisantes, la différence multiplie les possibilités et crée des jonctions entre les trajectoires des individus, garantissant ainsi la réussite de projets collectifs.

Des aventures inclusives :

Spicy 3 :  un triathlon en équipe de 3 personnes.  Un des coéquipiers est porteur d’un handicap physique, sensoriel ou mental léger.
Les coéquipiers enchaînent ensemble les trois épreuves : 500 m natation, 24 km vélo, 6 km course à pied. Lorsqu’elles s’inscrivent, les équipes s’engagent à se faire parrainer.  Les fonds récoltés sont destinés à soutenir la Fondation l’Hymne aux Enfants. https://www.spicy3.be/

 

HandiCapEvasion : Son objectif est de permettre à des personnes handicapées physiques et à des personnes valides de partager une activité de randonnée pédestre en pleine nature et en montagne, grâce à un fauteuil roulant tout terrain : la Joëlette. Handi Cap Évasion propose des randonnées en montagne à des groupes de 14 à 20 personnes maximum, dont 4 personnes handicapées à mobilité réduite et 1 ou 2 personnes ayant un handicap type sensoriel.  Les personnes handicapées n’ayant pas la faculté de marcher utilisent la “ Joëlette ”, fauteuil spécial tout terrain, mono roue, comportant des brancards avant et arrière, une suspension et un frein. http://www.hce.asso.fr/

Benjamin MECHE,
Diplômé d'expertise comptable - Mémoire "L'expert-comptable en situation de handicap et développant des projets de sensibilisation en entreprise."