Déterminez vos priorités | CJEC

Déterminez vos priorités

Vous avez été débordés pendant le Covid + période fiscale. Quelle analyse pouvons-nous en tirer et comment s’organiser pour faire face aux prochaines périodes de tension ?

Stephen Covey a écrit en 1989 un bestseller (plus de 20 millions d’exemplaires vendus, selon la couverture) : « Les 7 habitudes de ceux qui réussissent tout ce qu'ils entreprennent ». Derrière ce titre très américain se dissimule un livre remarquable qui amène le lecteur ou la lectrice à réfléchir profondément à 7 habitudes susceptibles de façonner sa vie. L’une d’entre elles, la 3ème, a connu un succès particulier puisque l’auteur a décidé d’y consacrer un autre ouvrage, intitulé « Priorité aux priorités ». À nouveau un livre superbe, un « compagnon de route », qui aurait pu être simplement indiqué pour répondre rapidement au titre de cette chronique.

Ça n’a évidemment pas été le choix retenu, non seulement pour ne pas tomber dans la facilité mais également pour ne pas laisser croire ceux et celles qui n’achèteraient pas le livre, ou qui l’achèteraient mais le liraient superficiellement, qu’il est une nième boîte à outils, rappelant avec banalité ce qu’il faut faire et ne pas faire pour grapiller ici et là quelques minutes par jour. Non pas que ces conseils que l’on retrouve pas milliers sur le web ou de manière surprenante sur des réseaux sociaux comme Pinterest n’aient aucune utilité, certains d’entre eux sont parfois très utiles, mais parce que trop souvent, ces sources traitent le « comment » en oubliant d’aborder le « pourquoi ». Remettons donc les choses dans l’ordre, et le reste en découlera logiquement, ce que disait Nietzche à sa façon : « Si l’on possède son pourquoi ? de la vie, on s’accommode de presque tous les comment ? ».

Cette phrase est pleine de bon sens : disposez du « pourquoi » des choses, c’est-à-dire donnez leur du sens, et vous trouverez facilement le « comment », c’est-à-dire la meilleure manière de les accomplir. Ainsi, il suffit de définir ses priorités, de leur reconnaître toute l’importance qu’elles revêtent, pour alors disposer de la créativité et de l’énergie nécessaires à leur bonne réalisation. D’où l’importance à répondre à la simple question : « quelles sont mes priorités ? »

Évidemment, personne ne peut répondre à cette question, sinon vous-même : qui d’autre que vous connait la vie que vous souhaitez profondément vivre ? Car il s’agit bien de cela : notre vie au sens large du terme, et non pas confinée (le mot est à la mode en ce moment) aux seuls aspects professionnels. C’est sans doute une énorme erreur de ne pas raisonner globalement, vie professionnelle et vie personnelle, de vouloir cloisonner les deux, comme si elles n’étaient pas profondément connectées, et que les dysfonctionnements de l’une n’allaient pas impacter l’autre. Sortons de l’illusion, collons à la réalité, découvrons le sens du mot « holistique ». Laissez-moi vous en donner une illustration, au travers d’une expérience vécue, triste mais éclairante.

Début 2018 : nous avions créé avec un ami un sympathique rituel annuel, à savoir partager un bon déjeuner afin de passer un précieux et rare moment à refaire le monde. Ce jour-là, il m’avait annoncé qu’il allait bientôt vendre son cabinet pour une somme très rondelette. À 59 ans, il s’apprêtait à profiter de la vie comme jamais. Son exhalation faisait plaisir à voir. Pourtant, je la partageais très modérément. Il s’en étonna : « tu es jaloux ? » me demanda-t-il en rigolant. « Jaloux ? Certainement pas, cela fait longtemps que j’ai écarté ce genre de sentiment inutile et toxique de mon répertoire émotionnel » lui avais-je répondu, « mais lorsque je vois ton état de santé (il pesait environ 130kgs pour 1,75m) et ton désert familial (il ne voyait plus sa femme et pas beaucoup plus ses enfants), je suis sincèrement admiratif de ta réussite financière, mais c’est une réussite de vie professionnelle, pas une réussite de vie ». Il avait suffisamment confiance en moi pour savoir que je disais ce que je pensais, sans jugement et toujours avec bienveillance. Nous échangeâmes quelque peu sur le sujet, avant de repartir rapidement sur des sujets plus légers. Environ 1 mois plus tard, un vendredi soir, en conclusion d’une semaine harassante, il fit un malaise à son bureau et perdit connaissance. Il ne s’est jamais réveillé…

Chacun.e d’entre nous est biographe de sa vie. Une piète connaissance du grec (lol) suffit à comprendre l’étymologie du mot : écrire (graphos) sa vie (bios). Ainsi, chaque être humain est susceptible d’écrire le scénario de sa vie. Dans la réalité, cette prétendue liberté est seulement théorie. Les conditions de vie dans certains pays, faites de rigidités culturelles, de fanatisme religieux, de pauvreté économique, et aujourd’hui de covid-19, sclérosent cette liberté de chacun.e à écrire la vie souhaitée. Heureusement, dans ce bel état de droit qu’est la France, nous n’avons pas les mêmes préoccupations. Est-ce à dire que nous sommes totalement libres pour façonner et vivre le scénario de nos rêves ? Pas si sûr…

Comme si les évènements extérieurs ne suffisaient pas, l’humain a parfois une facilité déconcertante à prendre des décisions susceptibles d’entraver cette belle et si convoitée autonomie. Ce que l’on pourrait appeler le syndrome du « je devrais », dont voici quelques exemples, certains vous sont peut-être familiers :

  • « Je devrais recadrer ce client, même s’il le prend mal et qu’il menace de partir » ;

  • « Idem pour certains collaborateurs à qui je n’ose pas exposer mes différends de manière assertive, tout en étant capable d’écouter leurs arguments » ;

  • « Je devrais facturer les prestations du cabinet, même en cette période difficile, parce que sinon, au final, qui va en supporter les conséquences ? »

  • « Je devrais développer ma confiance en moi, mieux exprimer ce que je pense, et apprendre à « dire non » autant qu’à « m’entendre dire non » ;

  • « Je devrais mener plus d’actions commerciales, seules vraiment capables de remplacer des clients partants, d’améliorer la qualité de mon portefeuille-clients et au final accroître ma rentabilité, mais je n’aime pas vendre » ;

  • « Je devrais moins travailler, afin de consacrer plus de temps à ma vie privée, ma famille, et prendre soin de moi, sur les plans physique et psychologique… Mais j’ai sans cesse l’impression d’être submergé(e) par le boulot… »

Pourquoi cette propension à créer des limites dont nous allons supporter les conséquences, encore et encore ? Cette discussion avec un jeune expert-comptable illustre parfaitement le problème :

-          « Je rencontre en moyenne 1 prospect par mois, donc lorsque je l’ai en face de moi, je suis prêt à tout entendre de sa part, sauf le mot « non ». Tu comprends, j’ai besoin de nouveaux clients… » me dit-il ;

-          « Le problème n’est pas de tant de savoir t’entendre dire « non » que de comprendre pourquoi tu rencontres seulement un prospect par mois. C’est famélique ! » lui ai-je répondu avec évidence ;

-          « J’ai horreur de mener des actions commerciales, de vendre, ce n’est pas le métier que j’ai choisi » m’explique-t-il. Sa réponse est sans surprise, tellement habituelle… ;

-          « Ok, mais si ce n’est pas toi qui le fait, qui le fera dans le cabinet ? Et si ta réponse est « personne », alors le problème n’est pas près d’être résolu. Donc, tu dois chercher à remplir ta salle d’attente de prospects. Ainsi, tu te mettras dans de bonnes conditions pour négocier et, éventuellement, mieux vivre le « non ». D’abord, cela va t’amener à comprendre qu’en qualité de dirigeant, il t’appartient de mener des actions de conquête de nouveaux clients. Ensuite, plus important encore, tu dois corriger certains biais cognitifs qui t’entravent, ces représentations négatives et injustifiées, sur la vente par exemple. Pas toujours facile et rapide, mais toujours possible et salutaire » ([1]).

-          « Ok, alors par quoi commencer ? » me demande-t-il ?

-          « Par en faire une priorité » lui ai-je dit.

Après avoir défini le « pourquoi », il fallait passer au « comment ».

Ce sera l’objet de la 2nde partie de cette chronique.

 

Pascal viaud

@ pascal@viaud.info

www.viaud.info

In  pascalviaud

 

 

[1] Revoir la webconférence CJEC du 29 avril 2020